Éjaculation féminine et squirting : ce que dit la science (et comment l’aborder à deux)
Mythe, urine, performance ? L’éjaculation féminine et le squirting sont deux phénomènes réels, et différents. Origine du liquide, glandes de Skene, conditions favorables et conseils pour l’aborder sans pression.
Par La rédaction Séduction Education · Publié le · 5 min de lecture
On en parle dans les films, sur les réseaux, entre amis, souvent avec un mélange de fascination et de malaise. L’éjaculation féminine est pourtant un phénomène physiologique réel, documenté par la médecine depuis des décennies. Le problème, c’est qu’on mélange presque toujours deux choses différentes, et que les représentations pornographiques ont créé des attentes irréalistes. Voici ce que dit la science, simplement, et comment aborder le sujet à deux sans pression.
Éjaculation féminine et squirting : deux phénomènes différents
La recherche distingue aujourd’hui deux émissions de liquide pendant l’activité sexuelle, qui peuvent survenir séparément ou ensemble (Pastor, 2013 ; Rubio-Casillas & Jannini, 2011).
Éjaculation féminine
Squirting (« femme fontaine »)
Quantité
Faible (quelques millilitres)
Plus abondante (jusqu’à plusieurs dizaines de millilitres)
Aspect
Laiteux, épais
Clair, liquide
Origine
Glandes de Skene (« prostate féminine »)
Principalement la vessie
Composition
Contient du PSA, une enzyme aussi présente dans le liquide prostatique masculin
Liquide dilué, avec parfois des traces de PSA
Les glandes de Skene, la « prostate féminine »
Situées autour de l’urètre, sur la paroi antérieure du vagin, les glandes de Skene ont une origine embryologique commune avec la prostate masculine. Des examens échographiques et biochimiques (Wimpissinger et al., 2007) ont confirmé qu’elles produisent un liquide contenant du PSA (antigène prostatique spécifique). Leur taille varie beaucoup d’une femme à l’autre, ce qui explique en partie les différences d’expérience.
Ce que l’échographie a montré pour le squirting
En 2015, une équipe française (Salama et al.) a réalisé des échographies de la vessie chez des femmes qui décrivaient des émissions abondantes. Résultat : la vessie, vidée avant la stimulation, se remplissait pendant l’excitation, puis se trouvait vide après l’émission. Le liquide du squirting provient donc essentiellement de la vessie, avec une petite contribution des glandes de Skene chez certaines femmes.
Que se passe-t-il dans le corps pendant l’excitation ?
Pour comprendre ces émissions de liquide, il faut regarder ce qui se passe pendant la montée du plaisir :
L’afflux de sang : dès le début de l’excitation, les tissus érectiles du clitoris (bulbes et piliers, qui entourent le vagin) et l’éponge urétrale autour de l’urètre se gorgent de sang. Toute la zone de la paroi antérieure du vagin gonfle et devient plus sensible.
L’activité des glandes de Skene : situées dans ce tissu, elles peuvent sécréter leur liquide sous l’effet de la stimulation et de l’excitation.
La sensation d’envie d’uriner : la pression exercée sur l’urètre et la vessie, au cœur de cette zone gorgée de sang, donne souvent une impression d’envie pressante. C’est ce moment que beaucoup de femmes interprètent comme un signal d’arrêt.
Le relâchement : au moment du pic de plaisir, les muscles du plancher pelvien se contractent puis se relâchent. Si la femme ne se retient pas, le liquide peut alors être expulsé, parfois en plusieurs jets.
Pourquoi tant de femmes se retiennent
La honte, la peur de « faire pipi » devant l’autre, la crainte d’être jugée ou de salir le lit : ces freins sont très fréquents, et ils sont renforcés par le silence qui entoure encore le sujet. Le corps apprend alors à contracter le périnée au moment même où il aurait besoin de se relâcher. Savoir ce qui se passe réellement, c’est souvent déjà commencer à lâcher prise.
Combien de femmes sont concernées ?
Les chiffres varient selon les études et les définitions : entre 10 % et un peu plus de 50 % des femmes déclarent avoir déjà vécu une émission de liquide pendant le plaisir (Pastor, 2013). Dans une large enquête en ligne (Wimpissinger et al., 2013), la majorité des femmes concernées et de leurs partenaires décrivaient un impact plutôt positif sur leur vie sexuelle.
À l’inverse, beaucoup de femmes ne l’ont jamais vécu — et c’est tout aussi normal. Ce n’est ni un signe de « meilleur » orgasme, ni une compétence à acquérir à tout prix.
Les conditions qui favorisent l’expérience
Il n’existe pas de méthode garantie, mais plusieurs conditions reviennent souvent :
La détente et la sécurité : se sentir en confiance, sans jugement ni chronomètre.
Le lâcher-prise sur la peur d’uriner : la sensation d’envie d’uriner est fréquente juste avant l’émission. Vider sa vessie avant le rapport aide à ne pas se retenir.
Une excitation élevée et prolongée : les tissus autour de l’urètre se gorgent de sang avec l’excitation.
Une stimulation de la paroi antérieure (zone du point G), souvent combinée à une stimulation du clitoris.
De bonnes conditions matérielles : serviette, alèse, hydratation.
Des pratiques comme le kunyaza, centrées sur une stimulation externe longue et rythmée, sont également associées à ces émissions.
Comment l’aborder à deux
En parler avant
Le sujet peut gêner. Abordez-le hors du lit, avec curiosité plutôt qu’avec une attente : « J’ai lu quelque chose d’intéressant, ça te parle ? » Votre partenaire doit se sentir libre de dire non.
Dédramatiser
Beaucoup de femmes ont déjà ressenti cette montée… et l’ont stoppée par peur de faire pipi ou d’être jugées. Dire clairement que l’éventuel liquide est bienvenu, et avoir prévu de quoi protéger le lit, change tout.
Se concentrer sur le plaisir, pas sur le résultat
La pression du « il faut que ça marche » est le meilleur moyen de bloquer le corps. L’objectif reste le plaisir partagé ; l’émission de liquide, si elle arrive, est un bonus.
Les idées reçues à oublier
« C’est forcément de l’urine » : c’est plus nuancé, comme on l’a vu, et ce n’est de toute façon pas un problème.
« Toutes les femmes peuvent le faire si l’homme sait s’y prendre » : faux. L’anatomie et la physiologie varient.
« Si elle ne gicle pas, c’est qu’elle n’a pas joui » : faux. Orgasme et émission de liquide sont deux choses distinctes.
« Ça ressemble à ce qu’on voit dans les films » : les scènes pornographiques sont souvent mises en scène et exagérées.
L’éjaculation féminine n’est ni un mythe ni une performance. C’est une réaction possible du corps, qui demande surtout de la confiance, du temps et de la bienveillance. Pour mieux comprendre la mécanique du plaisir dans son ensemble, poursuivez avec notre article sur les orgasmes multiples et le rôle du clitoris.
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Pas exactement. L’éjaculation féminine au sens strict est une petite quantité de liquide laiteux produit par les glandes de Skene, qui contient notamment de l’antigène prostatique spécifique (PSA). Le squirting, plus abondant, provient en grande partie de la vessie : c’est un liquide dilué, très différent de l’urine habituelle. Dans les deux cas, il n’y a rien de sale ni de honteux.
Toutes les femmes peuvent-elles éjaculer ?
Toutes les femmes ont des glandes de Skene, mais leur taille et leur activité varient. Selon les études, entre 10 % et un peu plus de la moitié des femmes déclarent l’avoir déjà vécu. Ne pas éjaculer est tout aussi normal et ne dit rien de la qualité du plaisir.
Squirter signifie-t-il avoir un orgasme ?
Pas forcément. L’émission de liquide peut accompagner l’orgasme, le précéder ou survenir sans orgasme. C’est une réaction physiologique, pas une preuve de plaisir ni un objectif à atteindre.
Comment protéger le lit ?
Une serviette épaisse, une alèse imperméable ou un plaid dédié suffisent. Avoir prévu de quoi protéger le lit aide surtout à se détendre : la peur de « mouiller les draps » est l’un des premiers freins au lâcher-prise.
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